L’agriculteur, le planificateur et le banquier
2000
Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation
La biodiversité serait 'notre assurance-vie. Alors, parlons primes d’assurance et parlons argent, du point de vue des agriculteurs pour lesquels la biodiversité est essentielle et pourtant menacée. La biodiversité, ou plutôt la diversité biologique, est le terme employé pour décrire le nombre et la variété des organismes vivants de la planète. Pour le Programme des Nations unies pour l’environnement, ce sont 'les gènes, espèces et écosystèmes qui sont le produit de plus de trois milliards d’années d’évolution. L’espèce humaine dépend de la diversité biologique pour sa propre survie. En bref, le PNUE considère donc la biodiversité comme synonyme de la vie sur terre. Que signifie cela pour les gens, pour les agriculteurs, dont le souci quotidien est de gagner leur vie en nourrissant les autres, proches ou lointains? En termes généraux, la biodiversité agricole comprend 'la variété et la variabilité des animaux, des plantes et des micro-organismes indispensables au bon fonctionnement des agro-écosystèmes, à leurs structures et à leurs processus, et qui contribuent ainsi à la production et à la sécurité alimentaires. L’agriculture a donc besoin de la biodiversité, et la communauté agricole devrait saluer les mesures mises en œuvre dans le monde pour la protéger. La principale mesure est la Convention des Nations unies sur la biodiversité qui, après une décennie d’existence, va être renouvelée à la conférence des parties prenantes qui se tiendra à La Haye, Pays-Bas, en avril 2001. Jusqu’ici, tout va bien. Mais gare à un rapport récent de la Banque mondiale qui parle de 'l’agriculture contre la biodiversité, et affirme que l’expansion agricole est une cause majeure de la perte de biodiversité. 'La conversion des habitats naturels en zones agricoles réduit substantiellement la biodiversité. Les espèces végétales indigènes sont remplacées par un petit nombre d’espèces introduites, généralement exogènes et identiques à des plantes cultivées ailleurs. La faune est déplacée. Les insectes et les micro-organismes sont décimés par les pesticides. Certaines fonctions sont aussi altérées, comme les cycles et les réserves d’énergie, d’éléments nutritifs et d’eau. Ces dommages causés à l’environnement finissent par réduire le potentiel productif de l’agriculture. Aussi la plupart des réflexions de politique agricole proposent-elles aujourd’hui de réconcilier biodiversité et agriculture en tirant partie de la première pour améliorer la seconde. Le terme 'agrobiodiversité a été forgé pour cela. L’agrobiodiversité peut fournir des gènes pour le développement de variétés ou de races améliorées et permettre la pollinisation des plantes cultivées, la fertilisation par les micro-organismes ou l’utilisation des insectes et de la faune sauvage pour la lutte contre les ravageurs. Dans cette approche 'gagnant/gagnant, il n’y a plus de place pour les scénarios catastrophes, qui condamnent le progrès scientifique et pleurent la moindre espèce disparue. L’extinction est naturelle Comme le signale le PNUE, l’extinction des espèces est un phénomène naturel dans l’évolution. Ce qui est inquiétant, c’est le taux actuel de disparition des espèces, en particulier dans les forêts tropicales (où vivent 50 à 90% des espèces identifiées), mais aussi dans les lacs et les rivières, les déserts et les forêts tempérées, les montagnes et les îles. Selon les chiffres les plus récents, si la tendance actuelle se maintient 2 à 8% des espèces de la planète disparaîtront d’ici 25 ans. On ne sait pas exactement s’il restera alors 2 ou 100 millions d’espèces, bien que la communauté scientifique déploie des efforts importants pour préciser ce nombre, au sein de programmes collectifs tels que le réseau BioNet International et ses institutions membres dans les pays ACP et d’autres pays en développement. La disparition d’espèces devrait s’aggraver terriblement, du fait que la phase actuelle de changement climatique bouleverse les écosystèmes. Dans un rapport récent sur le réchauffement planétaire, l’Union mondiale pour la nature parle de 'massacres éclairs. Dans de tels scénarios, les milieux naturels changeront plus vite que la capacité des espèces végétales (et donc de la faune qui en dépend) à se déplacer vers des zones plus hospitalières, en altitude, au Nord ou au Sud. Il n’en reste pas moins que nous devons manger, et pour longtemps encore ce sont les agriculteurs qui vont nous nourrir. En pratique et au quotidien, quel rôle positif peuvent-ils jouer dans la biodiversité pour pouvoir en bénéficier eux-mêmes? Le rapport de la Banque mondiale note que 'Les marchés ne fonctionnent pas ou peu en faveur de la biodiversité. Les bénéfices de la biodiversité ne fonctionnent pas pour ceux qui décident de la conserver. Si produire sans se soucier de la biodiversité est moins cher et plus rentable, ou permet simplement de survivre au lieu de disparaître, pourquoi l’agriculteur prendrait-il la 'route de la biodiversité ? Éviter de nuire Alors, comment faire de la biodiversité un souci constant et, comme on dit dans le jargon, 'approfondir la mise en œuvre de stratégies de ‘non-nuisance’ par l’utilisation efficace d’évaluations environnementales?' Il faut commencer par reconnaître que, même en Afrique où la terre semble abondante, l’intensification de la production a moins d’effets nuisibles sur l’environnement que la mise en culture d’habitats naturels. La liste familière des recommandations vient aussitôt à l’esprit: question foncière, droits de propriété, écotourisme, paiement aux communautés locales de royalties sur le matériel génétique collecté dans une zone particulière, maintien de 'couloirs de nature' à l’intérieur des zones agricoles, ou entre elles, pour permettre le mouvement des plantes et des animaux. Ensuite, il faut accorder plus d’attention aux espèces végétales exogènes qui envahissent les écosystèmes et en remplacent les occupants. La Convention sur la biodiversité inclut aussi un ensemble de 'mesures économiquement et socialement appropriées pour inciter au maintien de la biodiversité. Avec quelles incitations motiver le paysan? Celles à la mode, qui consistent à exporter une production obtenue sans nuisance, que ce soit dans les champs ou les forêts, contiennent leur propre piège. N’y a-t-il pas quelque chose de pervers, dans un monde en crise énergétique, à transporter des produits certifiés bio à l’autre bout de la planète vers un consommateur rayonnant de bonne conscience à l’idée d’acheter la production écologiquement et éthiquement correcte d’une ferme lointaine qui n’exploite ni les enfants ni les femmes ? Des idées nouvelles, et vite Les mesures incitatives ont été expérimentées, pour la plupart, dans les domaines de la foresterie et des produits non-ligneux des forêts, dans des pays tels que le Cameroun, le Guyana et le Surinam. Dans les autres pays ACP, il y a peu d’exemples de travail de terrain de ce type, sauf quelques-uns au Zimbabwe, au Sénégal et au Ghana. Ils tendent à expliquer les effets des incitations opposées, celles du marché, dites perverses, qui encouragent les paysans à faire peu de cas de la biodiversité. Ils soulignent la nécessité de nouvelles incitations, mais n’aident guère à préciser comment les mettre en œuvre. En fait les planificateurs et les décideurs en sont encore à patauger. Les mesures incitatives sont à la mode, mais, à part le respect convenu des savoirs autochtones et les propositions classiques de favoriser les échanges d’information entre praticiens, on ne voit rien venir de concret. Tout cela est bien, mais il faut maintenant de vrais instruments opérationnels. La FAO recommande des taxes et des impôts environnementaux, la labellisation et l’éco-certification, la création d’un marché et des droits de propriété, et des réglementations. L’Organisation internationale de normalisation a défini une norme pour la production et le commerce de biens respectant l’environnement, appelée ISO 14000. Mais à long terme, un cadre législatif sera nécessaire pour que ces mesures soient appliquées sur le terrain et pas seulement décrites dans les textes. D’ici là, les décideurs devront peut-être regarder ailleurs ou élargir leur vision. S’intéresser non seulement aux stimulants fiscaux ou aux subventions, mais aussi au rôle de la finance. L’argent est roi. C’est le manque d’argent qui empêche beaucoup de producteurs de respecter la biodiversité autant qu’ils le souhaiteraient. Dans le domaine de l’innovation agricole, en général, il n’y a pas assez de dialogue entre l’agriculteur, le planificateur et le banquier. Vu l’intérêt de la biodiversité, l’urgence et l’actualité du sujet (le sommet Rio + 10 célébrera fin 2002 le dixième anniversaire de la Convention sur la biodiversité), il devrait être possible de trouver force moyens financiers, d’épargne ou de crédit, à tout les échelons jusqu’au village. Il faudra bien du courage à celui qui tentera de traduire en actions concrètes ce dialogue à trois, mais quelques millions d’espèces, si elles pouvaient parler, lui en rendraient grâce. Les mesures incitatives en faveur de la biodiversité agricole seront le thème d’un séminaire conjointement organisé en Zambie en septembre 2001 par les organisations allemandes de coopération DSE, GTZ et ZADI, les services responsables des ressources génétiques végétales de la SADC et de Zambie, le SACCAR, l’IPGRI, la FAO/PNUD, le CBDC et le CTA.
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