L'artisanat : une solution d'emploi en zone rurale ?
1992
Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation
Les populations des zones rurales exercent depuis longtemps leurs talents de peintres, potiers, sculpteurs, tailleurs de pierre ou tisserands. La confection d'objets artisanaux, destinés à la vie quotidienne, au troc ou à la vente, reste une activité que les paysans pratiquent durant leur temps libre. Est il possible de la développer pour créer des emplois pendant les périodes où les activités agricoles sont réduites et accroître ainsi les revenus des populations rurales ? La quasi totalité des pays offrent une production artisanale variée : tapis en mohair au Lesotho, tapisseries au Sénégal, produits tissés en palmes de cocotier et ornements en coquillage aux Caraïbes et dans le Pacifique. Bijoux en perles, batiks, sculptures sur bois et sur pierre, en terre et en métal sont présents dans presque tous les pays ACP. A l'origine, la plupart de ces produits étaient fabriqués par des artisans ruraux qui utilisaient des techniques traditionnelles transmises et améliorées de génération en génération. Cependant, ces artisans sont aujourd'hui concurrencés par une production urbaine. Peuvent ils y faire face ? Comme toutes les formes de production, l'artisanat peut bénéficier d'économies d'échelle et les artisans qui se regroupent peuvent obtenir beaucoup d'avantages. De nombreux groupements d'artisans en zone urbaine bénéficient de l'assistance d'organisations d'aide internationales qui en assurent parfois la gestion au départ. L'accent est mis sur la formation des personnes qui ont peu de chances de trouver un emploi. Ainsi, de nombreux projets concernent soit des personnes handicapées, soit des femmes seules et sans emploi avec une famille à charge. Bon nombre de ces projets vendent une partie importante de leur production à des ONG telles que Oxfam Trading, Traidscraft Exchange, Caritas et Tearfund, qui se chargent de les commercialiser en Europe et aux Etats Unis. Faire face à la concurrence urbaine Pour faire face à la concurrence urbaine avec succès, les artistes et artisans installés en milieu rural devront eux aussi se regrouper pour bénéficier du commerce en gros. Ceux qui préfèrent travailler seuls devront trouver des créneaux commerciaux et affiner leur production. Les produits artisanaux peuvent être utilitaires ou purement esthétiques. Cependant, dans les deux cas, le choix des consommateurs est déterminé par l'esthétique générale, l'originalité de la création, la qualité du travail et le coût final du produit. Les compétences et préférences locales doivent être libres de s'exprimer afin d'optimiser les talents. Par exemple, les jeunes gens et ceux qui ont voyagé sont peut être mieux à même de créer des objets correspondant aux goûts du moment. Pour que l'artisanat crée réellement des emplois en zone rurale, il est essentiel que les artistes et artisans travaillent avec des commerçants afin que leur production atteigne les marchés. Exceptionnellement, les ateliers ruraux peuvent être situés sur des itinéraires touristiques et, dans ce cas, le consommateur achète directement au producteur. Pour profiter au maximum de cet avantage, les artisans doivent développer un certain nombre de compétences : présentation attrayante, comportement amical et tenue soignée, prix raisonnables. Pour les touristes, voir l'artisan au travail est un attrait supplémentaire. La vente au bord de la route de paniers et de meubles est très fréquente dans certaines régions rurales. Vers une meilleure organisation Certains groupements d'artisans ruraux exportent leur production. C'est le cas du Mbooni Women Handicraft Project, créé au Kenya en 1985. La principale production est le panier en sisal (kiondo), fabriqué par les femmes à la maison ou lorsqu'elles vaquent à leurs activités quotidiennes. Les kiondos sont vendus à Nairobi et Mombasa. 50% de la production est exporté par des organismes commerciaux scandinaves et l'organisation humanitaire Caritas. Au Lesotho, l'artisanat a permis de fabriquer des produits à partir de la principale production nationale, le mohair. Les femmes se sont regroupées pour filer la laine et tisser de beaux tapis qui sont vendus sur le marché local et exportés vers les Etats Unis et le Royaume Uni. Potentialités futures Certaines activités artisanales très répandues en Asie pourraient être développées dans des pays ACP, notamment le tissage de la soie et la dentellerie. Au Sri Lanka, les initiatives locales ont permis de mettre sur pied des groupements florissants de dentellerie et de fabrication de batiks dont les membres sont essentiellement des femmes de pêcheurs. Au Bangladesh, les groupements de femmes en milieu rural ont bénéficié de l'appui des pouvoirs publics nationaux et du Programme alimentaire mondial de l'ONU pour la plantation de mûriers destinés à l'alimentation des vers à soie et pour récolter, filer et tisser la soie produite. Si les pouvoirs publics souhaitent encourager ces entreprises rurales pour favoriser l'emploi en saison sèche, améliorer les revenus et freiner l'exode rural, il leur faudra investir pour mener des études de marché, assurer la formation des artisans et leur permettre l'accès au crédit. Lorsque les populations rurales réalisent qu'il existe des débouchés réels pour les objets artisanaux, elles sont capables de faire preuve d'une multitude de compétences restées jusque là inexploitées et de les développer.
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