SECOUONS LE COCOTIER
1987
Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation
Plante de carte postale, symbole de vie facile et d'économie de cueillette, le cocotier a pourtant un rôle économique et surtout des potentialités importantes. Il a cependant été longtemps laissé pour compte. Aujourd'hui, les progrès de la recherche pourraient bien lui faire quitter les plages pour les usines et les marchés des villes. Dans sa région d'origine, le sud-est asiatique, le cocotier fait partie du paysage agraire, il est présent dans toutes les exploitations. Il y occupe sept millions d'hectares sur les neuf millions que compte la cocoteraie mondiale.Les Philippines, l'Inde et l'Indonésie, qui ont créé de grandes plantations industrielles, sont les plus gros producteurs mondiaux. Pour les îles du Pacifique, le cocotier est la ressource principale, indispensable à l'économie domestique comme aux économies nationales. Au Vanuatu, par exemple, la culture du cocotier occupe 80 % de la population rurale et représente en valeur 75 % du total des exportations. En revanche, en Afrique et en Amérique du sud où il a été introduit aux XVème et XVlème siècles, le poids économique du cocotier est plus négligeable car ces pays ne sont pas consommateurs. En Afrique, seuls la Tanzanie, le Mozambique et plus récemment la Côte d'Ivoire ont créé d'importantes cocoteraies. Les hommes qui en vivent sont extrêmement nombreux. Le cocotier est cultivé essentiellement en plantations villageoises ou même en simples cocotiers de case : 90 % de la cocoteraie mondiale appartient à de petits paysans qui sont à la fois producteurs et consommateurs. Pour eux, ce « roi de la flore tropicale » est aussi « l'arbre aux cent usages », de la tête aux pieds tout leur est utile : l'eau de la noix et sa chair sont consommées fraîches, l'albumen séché, le coprah sert à la fabrication artisanale d'huile (bien souvent la seule matière grasse disponible), le tronc est utilisé pour construire les habitations, les palmes pour confectionner les toits, les balais ou les paniers, la coque sert de combustible ou permet la fabrication d'ustensiles variés, la sève fournit du vin, de l'alcool et du sirop... Le cocotier est une composante irremplaçable de la vie quotidienne de ces populations. Aussi, dans les îles Salomon, après la destruction de 22.000 ha de cocoteraies par le cyclone Namu en 1986, les habitants n'avaient-ils plus de matériaux de construction pour leurs maisons et ont dû demander l'aide de leur gouvernement. Les statistiques peuvent difficilement prendre en compte les usages traditionnels du cocotier. Elles ne mentionnent, pour l'essentiel, que les produits vendus sur le marché international à des fins industrielles, elles aussi fort nombreuses. L'huile de coco, très utilisée dans la fabrication de beignets et de sauces, contient en forte proportion un agent moussant, l'acide laurique, qui sert à la fabrication de savons, de détergents et de cosmétiques. En alimentation humaine, la noix de coco rapée et séchée se conserve bien. Ces produits sont d'un usage courant en biscuiterie et en boulangerie, tandis que l'huile rentre dans la composition de certaines margarines ou matières grasses alimentaires. Enfin, les coques donnent un charbon utilisé dans les filtres pour absorber gaz et vapeurs et même les radiations dans les centrales nucléaires. Culture vivrière et domestique, le cocotier est ainsi en même temps une culture de rente. La vente du coprah est bien souvent la principale source de revenu monétaire des planteurs. Mais depuis vingt ans, les exportations de coprah diminuent, tandis que la production mondiale de noix de coco stagne aux alentours de 35 millions de tonnes, soit 4 millions de tonnes d'huile par an, à peu près l'équivalent de l'huile d'arachide. Cette situation est dangeureuse : si l'approvisionnement est insuffisant, l'huile de coco risque d'être évincée par d'autres huiles végétales et, en particulier, par l'huile de palmiste dont les spécificités sont voisines. Pour les hommes et les pays qui en vivent, il semble donc urgent de rendre cette culture plus productive et plus compétitive. sur le marché mondial. En effet, le tableau qu'offrent aujourd'hui les cocoteraies n'est guère brillant. Dans la plupart des régions productrices, les arbres sont âgés et les plantations sont très hétérogènes. Les sols sont souvent épuisés par une culture continue sans apport d'engrais. Moins de 1 % de la cocoteraie mondiale est fertilisée, les déchets agricoles et les bourres de coco qui palliaient jusqu'à présent ce manque de fertilisants servent de plus en plus souvent de combustibles lorsque le bois de feu manque. Aucune sélection n'est effectuée par les planteurs qui se contentent souvent de mettre en terre les noix germées laissées pour compte par les ramasseurs. Aussi, rien d'étonnant à ce que les rendements soient faibles, en moyenne de 4000 noix/ha soit 600 à 800 kg/ha de coprah. De plus, la qualité du coprah artisanal laisse souvent à désirer. Les nouvelles règles édictées par la CEE sur les taux d'aflatoxines admissibles dans le coprah risquent de pénaliser bien des pays exportateurs, en particulier ceux du Pacifique et d'Afrique, lors de leur entrée en vigueur. Comment en est-on arrivé là ? Pendant longtemps la recherche comme le développement ne se sont guère intéressés au cocotier, considéré comme une activité traditionnelle s'apparentant plus à la cueillette qu'à la culture. N'a-t-il pas été qualifié « d'arbre de l'homme paresseux » 1 De plus cet arbre, qui vit cinquante ans, est long à produire (sept à dix ans) et même dans les meilleures conditions de culture traditionnelle, ne dépasse pas deux tonnes d'huile à l'hectare. On est loin des cinq à six tonnes de son cousin, le palmier à huile qui a depuis longtemps retenu l'attention des chercheurs. La recherche a maintenant, en grande partie, comblé son retard, mais les retombées de ces travaux commencent seulement à se faire sentir. Les principaux progrès résident dans l'amélioration du cocotier réalisée essentiellement par l'Institut de Recherches pour les Huiles et Oléagineux (IRHO) à la station Marc Delorme à Port-Bouët en Côte d'Ivoire. Dans ce centre de recherche, le plus important au monde sur le cocotier, a été réuni une importante collection d'écotypes de cocotiers qui a permis la mise au point de plus de quatre-vingts hybrides. Après une série de tests et d'expérimentations, quatre d'entre eux, qui offrent des rendements supérieurs de 20 à 30 %, ont été vulgarisés depuis une quinzaine d'années. La recherche : résultats encourageants Le plus connu est le PB 121, un hybride de Nain Jaune de Malaisie (qui produit de nombreuses petites noix) et de Grand Ouest Africain (à noix moins nombreuses mais plus grosses), plus connu sous le nom anglais de Mawa (Ma= Malaisie, Wa= West African). Précoce, il entre en production à quatre ou cinq ans et produit à l'âge adulte, dans de bonnes conditions, 5t/ha de coprah. De plus, il résiste bien à la sècheresse. Le PB 121 a été essayé dans 43 pays sous une centaine d'écologies différentes et s'est toujours révélé meilleur que la variété locale. Encouragés par le succès de ces premiers hybrides, les chercheurs sélectionnent désormais des hybrides répondant à des critères particuliers : faible encombrement des arbres permettant d'augmenter la densité à l'hectare, variétés dont les noix tombent toutes seules, ce qui facilite la récolte... On cherche aussi à enrichir la teneur en huile de l'albumen et à améliorer sa composition protéique. Les meilleurs hybrides sont en cours d'amélioration pour accroître encore leur rendement de 20 à 25'%. Cependant, les premières semences de ces superhybrides ne seront disponibles que dans quatre ou cinq ans. Le second axe de recherche vise à trouver des hybrides adaptés à chaque région en exploitant la variabilité génétique des populations de cocotiers locaux. C'est ce qui est fait pour le Pacifique à la station de Saraoutou au Vanuatu. On essaie de trouver des variétés tolérantes au vent pour les zones exposées aux cyclones ou des hybrides plus productifs que le Grand Vanuatu mais qui, comme-lui, résistent au dépérissement foliaire, une maladie probablement virale qui touche tous les cocotiers introduits. Cependant il ne suffit pas de disposer de cocotiers « miracles » pour induire une « révolution verte ». Encore faut-il qu'ils soient adoptés et plantés par les villageois. C'est là que résident encore de grosses difficultés. Le premier facteur limitant est la production de semences hybrides. Le faible taux de reproduction du cocotier (80 à 90 graines par arbre) implique la création d'importants champs semenciers (350 arbres mères pour 100 ha d'hybrides à planter chaque année) à proximité des zones de plantation pour faciliter le transport des graines. Ces champs sont constitués d'arbres mères d'une même variété fécondés par pollinisation assistée : le pollen recueilli dans d'autres champs plantés avec la variété mâle est apporté manuellement sur l'inflorescence des variétés mères (le pollen se conservant bien, les champs mâles peuvent être situés dans des pays différents). Au bout de douze mois, les noix sont récoltées et expédiées le plus rapidement possible sur les lieux de plantation car le processus de germination commence aussitôt. Des champs semenciers ont été créés dans de nombreux pays producteurs, particulièrement ceux qui possèdent des plantations industrielles. D'autres sont en cours d'installation comme dans les îles Salomon avec l'aide de la CEE ou aux Comores avec celle de la Banque Mondiale, mais la production de semences demeure encore insuffisante pour satisfaire tous les besoins. La fourniture de plants sera sans doute plus aisée dans quelques années lorsque la multiplication in vitro permettra de fabriquer rapidement des millions de plants issus des meilleurs hybrides. Les recherches sont en bonne voie mais le premier cocotier in vitro n'a pas encore quitté les laboratoires de l’ORSTOM/IRHO où il est né récemment. Des mesures complémentaires sont nécessaires Pour assurer le meilleur développement de l'économie du cocotier, il faut également replanter les arbres performants dans de meilleures conditions de culture. Aussi bons que soient les hybrides, ils ne donneront la mesure de leur talent que sur des sols fertiles. Il faut donc préalablement restaurer la fertilité des sols en y apportant de l'engrais. Mais ceci n'est pas à la portée de tous les planteurs. Des techniques culturales précises, un bon entretien des plantations sont, par la suite, des conditions nécessaires aux hauts rendements des hybrides, même peu exigeants. Un gros effort est donc à faire pour former les planteurs et vulgariser les acquis de la recherche. Pour rentabiliser les travaux que nécessite la replantation, accroître les revenus des paysans et les mettre à l'abri des risques que constitue toujours une monoculture, on préconise la mise en place de cultures intercalaires qu'elles soient annuelles, surtout en début de plantation, ou pérennes. Le cacao et dans une moindre mesure le café, déjà cultivé dans plusieurs îles comme en Papouasie-Nouvelle Guinée, sont des associations rentables. En Côte d'ivoire, ce sont des légumineuses arborescentes pouvant fournir du bois de feu qui sont actuellement testées. Enfin, l'élevage bovin ou ovin sous cocoteraies peut fournir un intéressant complément de revenus, surtout dans les îles qui doivent importer de la viande. Parallèlement, il est indispensable de lutter contre les ravageurs qui risquent d'anéantir les efforts de rénovation. Des techniques de lutte adaptées aux moyens des planteurs sont, ainsi, à l'étude pour combattre Agonoxena argaula, un petit lépidoptère dont la chenille ravage les folioles des cocotiers aux Fidji, à Tonga, à Samoa et au Vanuatu. Aux Comores, ce sont les rats, responsables de 37 % de pertes de production, qui sont l'objet de recherches. Les technologies post-récolte nécessitent aussi des améliorations, peu d'études ont été faites pour trouver des équipements de petite taille simplifiant les différentes opérations tout en donnant des produits de bonne qualité : mécanisation du débourrage, fours à coprah de petite taille utilisant l'énergie fournie par les coques, mini huileries... Les sous-produits peuvent être mieux valorisés. A Bora-Bora, en Polynésie française, des expériences ont montré que les bourres de coco brûlées dans des gazogènes pouvaient fournir un gaz intéressant pour l'approvisionnement énergétique de l'île. Dans les pays non consommateurs, ces cocotiers performants permettent de mettre en valeur des zones littorales sableuses impropres à la culture du palmier à huile. Car le lieu de prédilection du cocotier, c'est la plage, en tout cas la bande littorale en raison de la haute teneur en chlore de l'atmosphère, élément essentiel pour son développement. Grâce à ces nouveaux hybrides hautement productifs, les plantations de cocotier, judicieusement conduites et associées à d'autres cultures, peuvent, sans sortir du cadre paysannal, être économiquement rentables pour les hommes à qui elles permettaient jusqu'alors tout juste de survivre. Les pays producteurs ont mis en route des programmes de rénovation de leurs cocoteraies mais il faudra encore des années de persévérance pour que les cocoteraies rajeunissent.
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