Au Mali, c’est seulement assez récemment que la communauté scientifique s’est réellement intéressé à la biotechnologie.
Show more [+] Less [-]CHAPEAU Au Mali, c’est seulement assez récemment que la communauté scientifique s’est réellement intéressé à la biotechnologie. En fait depuis trois ans l’Institut Polytechnique Rurale de Katibougou, prés de Koulikoro, tente une expérience de production de semence de pomme de terre par des méthodes de biotechnologie. C’est d’ailleurs le seul moyen de se procurer de la semence de pomme de terre au Mali. Filifing Diakité a enquêté.DURÉE DE LA BANDE 10’14 Studio Alhousseini Bretaudeau est responsable du laboratoire de biotechnologie végétale à l’IPR de Katibougou. Il nous explique en quoi l’expérience tentée par son laboratoire est importante autant au point de vue économique que scientifiqueBretaudeau L’essentiel des semences de pomme de terre vient d’Europe. Au Mali nous n’avons aucun schéma de production de semences de pomme de terre. Donc au laboratoire, on est convenu avec tous nos partenaires que nous allons initier la production de mini tubercules de semences de pomme de terre. Donc ce que nous faisons, c’est que nous prélevons des méristèmes sur les plants de pomme de terre, notamment les variétés internationales, les variétés du CIP, le Centre International de la Pomme de terre, qui ne sont pas protégées, qui ne sont pas couvertes, donc nous prélevons des méristèmes et nous régénérons des plants à partir de méristèmes. Donc là on a des plants dévirosés. Et à partir de ces plants dévirosés, nous essayons par la technique de micro-propagation, de produire une grande quantité de semences de pomme de terre. Filifing L’expérience contribue ....l’objectif c’est de contribuer à la sécurité alimentaire. Qui dit sécurité alimentaire dit disponibilité donc production massive, dit aussi distribution, dit accessibilité en terme de possibilités ou de capacités d’achat des populations... alors qu’est ce que vous avez à dire à ce niveau ? Bretaudeau Bon je pense que en ce qui concerne la capacité d’achat, les semences que nous avons produites ou que nous produisons, nous avons fait des petites études de coûts, elles sont à peu prés, en tous cas pour le moment moitié moins chères que vraiment les semences introduites donc je pense que ce n’est pas un coût inaccessible au niveau des paysans. Ensuite la pomme de terre est une culture de valeur ajoutée, une culture de rente, donc ça veut dire que c’est une culture qui nécessite beaucoup d’investissements et malgré cela, les paysans pratiquent la culture puisque ils savent que au bout du compte, ils peuvent s’en sortir. Donc je pense, le problème maintenant c’est que en fonction du nombre de cycles de multiplication au niveau des paysans, que je pense, ne doit pas excéder trois cycles, je crois que on pourrait être dans des marges nettement meilleures, vraiment que la filière extérieure. Filifing Je parle aussi de l’aspect production au niveau des paysans qui doivent desservir aussi la population. Est ce que vous avez senti un impact positif à ce niveau ? BretaudeauOk, au niveau des paysans effectivement nous avons, je dirais, un impact puisque les semences que nous avons produites ont été rachetées par des paysans et ils assurent actuellement la multiplication pendant deux, trois cycles, notamment au niveau de Sikasso et je pense que ces paysans s’en sortent très bien puisque ce sont des paysans qui n’achètent plus de la semence importée. Donc sur le plan économique en tous cas, les paysans s’en sortent très bien puisque une fois qu’on leur donne la semence de pré-base, il la multiplie et ils n’achètent plus de semence en provenance vraiment de l’Europe. Filifing Votre expérience et d’autres pratiques traditionnelles en matière de culture, est ce que vous avez senti une discrimination ... en fait favoriser l’expérience de pomme de terre par rapport à d’autres cultures ou bien est ce qu vous avez senti une complémentarité ?BretaudeauBon, je pense que la pomme de terre, c’est une culture introduite, ce n’est vraiment pas une culture qui nous est propre et de ce point de vue, il n’y a pas de, disons, de compétition possible, donc c’est vraiment une culture introduite et je pense que pour le moment en tous cas, les paysans qui pratiquent cette culture s’en sortent très bien et je pense que sur le plan sécurité alimentaire, elle est essentielle, puisque la pomme de terre n’entre pas en compétition avec les cultures traditionnelles puisque elle est pratiquée généralement en fin de campagne, c’est à dire en fin de campagne agricole normale, après l’hivernage et c’est normalement pendant les périodes mortes qu’on fait la culture et donc il n’y a vraiment pas de compétition avec les autres cultures. Ensuite sur le plan stratégique, notamment dans les régions les plus nordiques, les régions du nord, ou la production agricole est très faible, je pense que la pomme de terre est une culture de soudure et certainement en la développant, cela contribuera énormément à réduire la pauvreté et à réduire la malnutrition.Studio Le programme de l’IPR travaille avec plusieurs ONGs et notamment avec l’AMATEVI, une ONG d’assistance technique villageoise très active dans la région de Sikasso. L’Amatevi aide donc les populations à manipuler ces semences de pomme de terre et á les planter et prodigue de l’appui conseil. Comme l’explique Mamadou Koulibali, agent encadreur de l’Amatevi, les paysans ont vraiment intérêt à adopter cette nouvelle semence de pomme de terre produite au Mali car elle est beaucoup moins chère que les semences importées Koulibali Pour permettre la culture de la pomme de terre, le Mali importe traditionnellement ses semences de l’Europe, France et Hollande. Le prix de vente de ces semences certifiées est de l’ordre de 700 à 800 Francs CFA par kilogramme de semence. A titre d’exemple, pour la campagne 99-2000, plus de 1000 tonnes de semence ont été importées pour plus de 805 millions de francs CFA, ce qui représente plus de 46 % du coût de culture et prés de 70% du coût des intrants. Tout le monde est unanime là dessus : plus le coût de culture est énorme, plus les consommateurs ont difficilement accès au produit. D’ou l’intérêt du programme de production locale de semences de pomme de terre. Filifing Maintenant les paysans ont des savoirs faire traditionnels. Est ce qu ces savoirs faire traditionnels, ils les ont abandonné ou bien ça vient en complément de la nouvelle méthode ? Koulibali Depuis plus de trente ans, les paysans vivent les problèmes liés à l’approvisionnement des semences. Les paysans traditionnellement, ils ont mis en place un système traditionnel de production de semences de pomme de terre, cela dans le cadre ...disons en vue de pallier un peu le problème de semences mais il faut reconnaître que ce système traditionnel de production de semences ne permet pas d’obtenir des semences de qualité parce que le matériel de départ utilisé par les paysans c’est à dire les semences certifiées de classe A, les semences importées, ne sont pas destinées à être re-multipliées. Comme conséquence, ces semences obtenues, selon le système traditionnel des paysans sont vraiment dégénérées et donc peu productives et peuvent contribuer à la dégradation de l’environnement. Par contre, les semences obtenues selon le système amélioré, ces semences là sont saines, productives et permettent de diminuer le coût de culture de la pomme de terre, ce qui permet d’une part l’augmentation de la marge bénéficiaire des producteurs de pomme de terre de consommation et d’autre part permet à beaucoup de consommateurs d’avoir accès à la pomme de terre à moindre frais.Studio Les paysans semblent donc trouver leur compte dans cette collaboration avec l’IPR de Katibougou. C’est ce que confirme, Mamadou Berté, paysan de la région de Sikasso, qui pratique la culture de la pomme de terre et qui profite également de l’encadrement de l’AmateviBerté en langue Traduction Bon dans ce programme de production des semences, nous avons essayé de travailler avec l’Amatevi ...Dans un premier temps, quand nous avons réussi les semences, les gens pensaient que c’était très difficile et la production allait être très difficile et quand nous avons essayé, le travail est assez minutieux mais au bout du rouleau, vraiment nous avons vu concrètement que c’est aussi rentable parce que au bout de deux ans, on a pu trouver de la pomme de terre de consommation à travers de la semence que nous même nous avons produit. Filifing Sikasso est une zone très réputée en matière de production de pomme de terre. Quels avantages tirez vous de cette collaboration ? Berté en langue Traduction Oui, bon les avantages que nous avons tiré de ce programme de production de semences donc sont vraiment très très importants parce que la semence certifiée importée de l’Europe est d’abord très chère. Bon ce que nous nous produisons de nous même ici, donc a ça très moins cher et ça c’est une différence déjà et en plus la conservation également. L’Amatevi nous a même montré des techniques de conservation de la production qui nous permettent vraiment de pouvoir bien conserver nos pommes de terre et à revendre ça à des prix rémunérateurs...et avec ça nous parvenons tous à nous en sortir. Filifing La nouvelle méthode... vous avez certainement d’autres méthodes, est ce que vos autres méthodes vous les utilisez encore comme complément pour augmenter la production ou bien vous les avez abandonné ? Berté en langue Traduction Oui bon, nous continuons toujours également parce que les deux méthodes sont complémentaires et nous continuons toujours vraiment à aller avec l’ancienne méthode parce que dans le temps, avant la collaboration avec l’Amatevi, donc nous même on faisait des semences ici mais c’était des semences locales parce que la semence certifiée qu’on reçoit à partir de l’Europe, après la culture, on sélectionne les petits tubercules, donc les petits tubercules sont conservés pendant 2,3,4 mois et on les divise en deux lots : Le premier lot est cultivé pendant l’hivernage et ce qu’ils appellent l’ancienne semence. L’ancienne semence en bambara on les appelle « Chicorée » donc ça c’est l’ancienne semence, ils cultivent ça pendant la saison des pluies sur les collines. Et le second lot, ils gardent ça jusqu’à la saison fraîche prochaine et ils appellent ça des semences chétives, donc des semences chétives, on appelle ça en bambara « fasomani ». Donc les deux méthodes sont complémentaires parce que les semences que nous recevons de Katibougou maintenant, n’ont pas parvenu encore à étendre ça à grande échelle donc toujours avec les deux systèmes.
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