L’abattoir de Thiès, au Sénégal, ne pollue plus son environnement. Mis à fermenter dans une cuve, les résidus solides produisent du compost et du biogaz qui alimente en énergie les bâtiments. Quant aux eaux usées, un système de lagunage en permet l’épuration. Le Sahel, qui regroupe de grandes régions d’élevage, connaît de sérieux problèmes de pollution aux alentours des abattoirs : plus de 15 500 tonnes de déchets entassés chaque année aux abords des villes polluent les zones périurbaines et accentuent l’effet de serre par la production de méthane. Par ailleurs, 570 000 m3/an d’eaux usées sont rejetées dans un milieu aquatique souvent déjà sursaturé comme la baie de Hann à Dakar, le fleuve Niger à Niamey ou la lagune d’Abidjan. Les spécialistes qui se sont penchés sur cette question n’ont pas retenu la solution des stations d’épuration classiques pour leur coût tout d’abord, mais aussi parce que les déchets d’abattoirs sont très riches en matières organiques. Pourquoi dès lors ne pas chercher plutôt à les valoriser ? Depuis 1989, la Société d’exploitation des ressources animales au Sénégal (SERAS) en collaboration avec le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) a décidé de lancer une opération pilote de traitement des déchets à l’abattoir de Thiès, seconde ville du Sénégal. Le projet, à terme, consiste à transférer les résultats obtenus de Thiès à l’abattoir de Dakar : 43 000 tonnes de déchets sont déversés annuellement dans la baie de Hann, sans traitement préalable, sans compter les eaux de rinçage des peaux, chargées de produits toxiques aussi dangereux que l’arsenic. Contenus de panse, fumier, sang, matières viscérales qui autrefois polluaient l’environnement de Thiès sont aujourd’hui mis dans une grande cuve, le fermenteur Trans paille, où ils se décomposent à l’abri des regards... et des narines. Fermentation et compostage des déchets solides Avec 2 000 tonnes de carcasses par an et 480 tonnes de déchets, l’abattoir de Thiès fournit annuellement 55 tonnes de compost. « La fertilité chimique et biologique d’un sol cultivé est toujours difficile à maintenir, en particulier en zone tropicale. Des amendements organiques sont nécessaires. Le compost issu du traitement des déchets d’abattoir est un nouvel amendement organique, de bonne qualité » explique Jean-Luc Farinet du CIRAD. Débouché tout trouvé à ce compost, la proximité des Niayes, où plus de 10 000 ha sont cultivés en maraîchage. Le seul problème reste son prix : 42 FCFA par kilo brut contre 15 FCFA pour la poudre d’arachide, amendement traditionnel au Sénégal. C’est pourquoi l’installation de l’abattoir de Thiès se tourne vers la production de plants maraîchers en mottes prêts au repiquage (75 % de compost et 25 % de sable avec incorporation de fongicide et un produit favorisant la rétention de l’eau), comme couramment pratiqué en Europe. Cette technique permet d’obtenir des plants sains et vigoureux qui justifient le coût élevé. Ailleurs en Afrique, où le compost ne subirait pas la concurrence d’un sous-produit national bon marché tel que la poudre d’arachide, cette fabrication de mottes ne serait pas nécessaire pour assurer la rentabilité de l’ensemble. La décomposition des déchets d’abattoir par fermentation produit également du biogaz. A Thiès, le potentiel de production est de 35,5 m3 par jour pour une température moyenne de 31ºC, soit une production annuelle de 13 000 kw /h. Le biogaz constitue la source d’énergie du groupe électrogène de 20 kw. Il est connecté sur la ligne électrique de l’abattoir et alimente la chaîne d’abattage le matin et les groupes frigorifique l’après-midi. Economies notables car l’électricité est un gros poste de dépenses en Afrique. Le lagunage : épuration des effluents liquides Les effluents liquides sont épurés par une technique de lagunage, spécialement étudiée par le Centre de recherche pluridisciplinaire de Mèze – Hérault (CEREMHER).« Le lagunage reproduit les phénomènes naturels d’auto-épuration des eaux par voie biologique, en les accélérant et en les maîtrisant, explique encore Jean-Luc Farinet.Il suffit d’épandre et de laisser reposer les eaux chargées de déchets dans des bassins. La matière organique est dégradée en produisant de l’eau, du gaz carbonique et des sels minéraux. Ces éléments sont ensuite assimilés par les microalgues et les macrophytes. » Rustique, d’un entretien simple ne nécessitant pas de personnel qualifié, avec des charges de fonctionnement réduites, le lagunage de Thiès - première installation d’épuration réalisée pour un abattoir en Afrique occidentale donne des résultats satisfaisants : les concentrations des indicateurs de pollution diminuent d’au moins 90 % en un mois et demi. Elimination de la pollution et des odeurs, amélioration de la fertilité des sols avoisinants, l’abattoir de Thiès semble avoir bien rempli son cahier des charges. D’autres unités de traitement sont à l’étude en Afrique sur ce modèle même si chaque abattoir reste un cas particulier qu’il faut analyser avec soin pour créer une installation performante. Jean-Luc Farinet - Francis Forest CIRAD - Unité de recherche gestion de l’eau BP 5035-34032 -Montpellier Cedex-FRANCE SERAS - Route de Rufisque - BP14 Dakar – SENEGAL
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